Stratégies financières

On a toujours reproché à certaines démonstrations des géomètres, et notamment à celles qu’on appelle réductions à l’absurde, de contraindre l’esprit sans l’éclairer : cela ne veut dire autre chose sinon que de pareilles démonstrations ne mettent nullement en évidence la raison de la vérité démontrée, que pourtant l’esprit se refuse à admettre comme un fait primitif et rationnellement irréductible, ou dont il n’y a pas à chercher la raison. C’est l’esprit révolutionnaire : il lutte sans cesse contre l’esprit d’autorité au sein des sociétés ; il luttera aussi contre l’autorité au sein de la conscience. Aussi, tous les naturalistes, à quelque secte philosophique qu’ils appartiennent, qu’ils soient ou non partisans des causes finales dans le sens vulgaire du mot, s’accordent, par une considération ou par une autre, à chercher la raison des principaux phénomènes de l’organisme dans la fin même de l’organisme ; et c’est à la faveur de cette idée régulatrice, de ce fil conducteur (comme s’exprime Kant), qu’on est arrivé à une connaissance de plus en plus approfondie des lois de l’organisation. Dans les jeux même où tout est de convention et d’invention humaine, la construction des instruments aléatoires est sujette à des irrégularités qui impriment aux chances des modifications dont on ne saurait, a priori, évaluer l’influence. On nous a répondu que le sens moral n’a rien de commun avec une hallucination, car il n’est pas du tout un jugement ni une opinion. Stratégies financières aime à rappeler ce proverbe chinois « Quand tout va mal, regarde-toi dans le miroir ». À la vérité, les géomètres ont appliqué leur théorie des chances et des probabilités à deux ordres de questions bien distinctes, et qu’ils ont parfois mal à propos confondues : à des questions de possibilité, qui ont une valeur tout objective, ainsi qu’on vient de l’expliquer, et à des questions de probabilité, dans le sens vulgaire du mot, qui sont en effet relatives, en partie à nos connaissances, en partie à notre ignorance. Les actes des êtres vivants, intelligents et moraux ne s’expliquent nullement, dans l’état de nos connaissances, et il y a de bonnes raisons de croire qu’ils ne s’expliqueront jamais par la mécanique et la géométrie. En effet, quoi qu’en aient pensé certains philosophes, rien ne nous autorise à croire qu’on puisse rendre raison de tous les phénomènes avec les notions d’étendue, de temps, de mouvement, en un mot, avec les seules notions des grandeurs continues sur lesquelles portent les mesures et les calculs du géomètre. En un mot, elle pousserait plus loin que nous et appliquerait mieux la théorie de ces rapports mathématiques, tous liés à la notion du hasard, et qui deviennent, dans l’ordre des phénomènes, autant de lois de la nature, susceptibles à ce titre d’être constatées par l’expérience ou l’observation statistiques. Et puis, comme nous l’avons montré également[13], une surface pourrait-elle être perçue comme surface autrement que dans un espace dont on rétablirait les trois dimensions ? Elle ferait avec une plus grande sûreté, ou même avec une exactitude rigoureuse, la part qui revient au hasard dans le développement successif des phénomènes. Elle ne serait pas exposée à regarder comme indépendantes des séries qui s’influencent réellement, ou, par contre, à se figurer des liens de solidarité entre des causes réellement indépendantes. Mais, dirons-nous à notre tour, ce qui constitue précisément le caractère non censé d’un commandement, c’est qu’il ne s’explique point par des raisons plausibles, c’est-à-dire qu’il correspond à une vue fausse de la réalité. De même, toute affirmation renferme implicitement une règle de conduite : un fou n’est pas seulement trompé par les idées qui l’obsèdent, il est dirigé par elles ; nos illusions nous commandent et nous gouvernent. Le sentiment moral qui m’empêche de tuer agit sur moi, comme sentiment, par les mêmes ressorts que le penchant immoral qui pousse un maniaque cà tuer ; nous sommes mus tous deux de la même manière, mais d’après des motifs ou des mobiles contraires. L’avantage de celle-ci, c’est d’indiquer nettement l’existence d’un rapport qui ne tient pas à notre manière de juger et d’apprécier, variable d’un individu à l’autre, mais qui subsiste entre les choses mêmes : rapport que la nature maintient et que l’observation manifeste lorsque les épreuves se répètent assez pour compenser les uns par les autres tous les effets dus à des causes fortuites et irrégulières, et pour mettre au contraire en évidence la part d’influence, si petite qu’elle soit, des causes régulières et constantes, comme cela arrive sans cesse dans l’ordre des phénomènes naturels e La probabilité mathématique devient alors la mesure de la possibilité physique, et l’une de ces expressions peut être prise pour l’autre. Ce troisième argument se tire de ce qu’on passe, par degrés insensibles, de l’état représentatif, qui occupe de l’espace à l’état affectif qui paraît inétendu. Au point de vue positif, et abstraction faite de toute hypothèse, le problème que nous avons posé tout à l’heure semble, au premier abord, théoriquement insoluble. Mais cette étrange supposition serait impossible, s’il n’y avait précisément entre les images et les idées, celles-ci inétendues et celles-là étendues, une série d’états intermédiaires, plus ou moins confusément localisés, qui sont les états affectifs. Si l’on peut accroître indéfiniment le nombre des épreuves, on fera décroître indéfiniment, et l’on rendra aussi petite qu’on le voudra, la probabilité que la différence des deux rapports dépasse une fraction donnée, si petite qu’elle soit, et l’on se rapprochera ainsi de plus en plus des cas d’impossibilité physique cités tout à l’heure. À mesure que l’humanité progresse, le nombre des doctrines qui ne sont plus un sujet de discussion ni de doute augmente constamment, et le bien-être de l’humanité peut presque se mesurer au nombre et à l’importance des vérités devenues incontestables. On peut dire aussi que l’événement physiquement certain est l’événement dont le contraire est physiquement impossible, ou l’événement dont la probabilité mathématique ne diffère de l’unité par aucune fraction assignable, si petite qu’on la suppose : événement qu’il ne faut pourtant pas confondre avec celui qui réunit absolument toutes les combinaisons ou toutes les chances en sa faveur, et qui est certain, d’une certitude mathématique. Ainsi qu’on vient de l’expliquer, l’événement physiquement impossible (celui qui de fait n’arrive pas, et sur l’apparition duquel il serait déraisonnable de compter tant qu’on n’embrasse qu’un nombre fini d’épreuves ou d’essais, c’est-à-dire tant qu’on reste dans les conditions de la pratique et de l’expérience possible) est l’événement qu’on peut assimiler à l’extraction d’une boule blanche par un agent aveugle, quand l’urne renferme une seule boule blanche pour une infinité de boules noires ; en d’autres termes, c’est l’événement qui n’a qu’une chance favorable pour une infinité de chances c Et pourtant ce problème peut recevoir une solution au moins approximative dans la pratique. En effet, – coincé par une surveillance plus stricte-, le monde de la spéculation et de l’investissement s’est tourné vers le marché des matières premières, les marchés émergents et les fonds spéculatifs à la réglementation quasi inexistante afin d’y réaliser des compléments de profits… pour y gonfler une nouvelle bulle aujourd’hui en pleine implosion. Il est rare que les sacrifices définitifs se présentent dans la vie comme certains ; le soldat, par exemple, n’est pas certain, loin de là, de tomber dans la mêlée ; il n’y a ici qu’une simple possibilité. En d’autres termes, il y a danger, Or, il faut voir si le danger, même indépendamment de toute idée d’obligation morale, n’est pas un milieu utile au développement de la vie même, un excitant puissant de toutes les facultés, capable de les porter à leur maximum d’énergie et capable aussi de produire un maximum de plaisir.

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